COMPTE-RENDU DE LA CONFÉRENCE-DÉBAT DU 12/12/2015 DANS LE CADRE DU ROYAUME DU JEU « J’APPRENDS A FAIRE SEUL EN JOUANT – L’APPROCHE MONTESSORI ».

Samedi 12 décembre 2015

« J’APPRENDS A FAIRE SEUL EN JOUANT – L’APPROCHE MONTESSORI »

CONFÉRENCE-DÉBAT ANIMÉE PAR CHARLOTTE POUSSIN,
Éducatrice Montessori diplômée de l’A.M.I.*

*Association Montessori International.


Charlotte POUSSIN

Charlotte POUSSIN a enseigné 15 ans dont 10 à l’étranger, entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord.

De retour en France, elle a été surprise de constater que la pédagogie Montessori y était encore mal connue et source de préjugés. C’est la raison pour laquelle elle a écrit le livre « Apprends-moi à faire seul, la pédagogie Montessori expliquée aux parents ». Ce livre est une invitation à poser un nouveau regard sur les enfants. Il délivre un message plein d’espoir, avec pour objectif de développer une éducation à la Paix. Il s’adresse à tous les adultes qui côtoient des enfants : à l’école, comme à la maison !

Charlotte Poussin a également été directrice d’une école Montessori (aux Clayes-sous-bois) jusqu’à la naissance de son 5ème enfant. Aujourd’hui, elle s’investit au sein de l’A.M.F. (Association Montessori de France).

Elle est aussi l’auteur de coffrets (aux éditions Eyrolles) qui proposent des activités Montessori sous forme de jeux de société, adaptés à la classe et à la maison, accompagnés de livrets pédagogiques détaillants les activités :
– Les lettres rugueuses,
– Les chiffres rugueux,
– Les histoires à raconter (images séquentielles).

Vous pouvez visiter la page Facebook « Apprends-moi à faire seul » pour suivre ses actualités.

Charlotte Poussin prépare actuellement un nouveau livre, à paraître au printemps 2016 !


L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit mais une source que l’on laisse jaillir.

Maria Montessori

Les différentes fonctions du jeu :

  • Coordonner les mouvements (motricité fine et globale),
  • Favoriser le développement de la concentration,
    Cette capacité est présente dès la naissance.
    Elle est le signe de la construction intérieure de l’intelligence.
  • Appréhender les concepts,
    1 concept à la fois (forme, couleur, taille, …)
  • Stimuler les 5 sens : vue, ouïe, goût, toucher, odorat.
  • S’adapter au monde et cheminer vers l’autonomie.

Pour les plus jeunes (avant 6 ans), les apprentissages s’inscrivent dans le réel (pas encore dans l’imaginaire). Il s’agit pour eux de :

  • s’adapter aux règles et à la vie sociale,
  • construire, créer, imaginer et développer leur créativité.

Importance du choix du jeu ou de l’activité et de la manière dont on le/la présente à l’enfant !

Trop de jeux ou des jeux de mauvaise qualité => désintérêt de l’enfant.

Importance du sensoriel et de la manipulation.

Laisser les jeux à la disposition de l’enfant : l’accessibilité et l’ordre (repères sécurisants) favorisent le libre choix de l’activité.

Ranger fait partie du jeu / de l’activité.

Montrer comment ça marche => développer de l’autonomie = apprendre à faire seul.

Pas d’écran avant 3 ans !

Avant 6 ans, il est important d’apprendre à jouer sans jouet, avec de vrais objets (l’enfant apprendra alors à faire attention et prendre soin des objets qui sont mis à sa disposition) ≠ faire semblant.

Dès que la marche est assurée, faire participer l’enfant aux activités quotidiennes.

Jouer, c’est être en relation !

Les observations de Maria Montessori l’ont conduite à définir deux caractéristiques psychiques de l’enfant qu’elle appelle « l’esprit absorbant » et les « périodes sensibles ».

Maria Montessori a appelé «esprit absorbant» l’aptitude à apprendre qui caractérise le petit enfant. Dans ses livres, elle compare, pour nous aider à comprendre, l’esprit de l’enfant à une éponge. II absorbe complètement les informations données, positives ou négatives, de l’environnement. Par le simple fait de vivre, l’enfant absorbe le monde qui l’entoure.

Les périodes sensibles selon Maria Montessori :

Une période sensible est une période particulière et limitée dans le temps pendant laquelle l’enfant est inconsciemment et irrésistiblement sensible à certains aspects de son environnement, en excluant d’autres.

Emmanuelle Opezzo

Ces périodes sont limitées dans le temps et ne concernent l’acquisition que d’un seul caractère déterminé. Une fois ce caractère développé, la sensibilité cesse pour être très vite remplacée par une autre source d’intérêts.

Maria Montessori

L’existence et la manifestation des “périodes sensibles” amènent l’idée que ce n’est pas l’âge qui est important mais le moment où l’enfant est vraiment prêt à apprendre avec aisance.

Selon la pédagogie Montessori, le but de l’éducation est de semer les graines de la connaissance à la bonne saison. Le bon moment pour apprendre est déterminé non pas par le calendrier d’un programme (scolaire) imposé mais par l’observation des besoins de l’enfant.

A quoi ça sert de connaître les périodes sensibles ?

Les périodes sensibles s’entremêlent, elles apparaissent de manière spécifique à chaque enfant. Pour cela, il est important de les connaître et de les déceler, afin de les alimenter au moment opportun pour chaque enfant.

Il est en tout cas fondamental de ne pas contrarier les apprentissages qui sont concordants aux sensibilités de l’enfant, au risque de rendre ultérieurement ces apprentissages beaucoup plus fastidieux. Cela signifie par exemple de doser notre aide pour laisser l’enfant faire tout seul (dans sa période sensible au mouvement, l’enfant aura envie de se boutonner tout seul ou de se servir à boire dans un verre tout seul et c’est l’aider de le laisser faire tout seul).

Une fois les périodes sensibles passées, il est toujours possible à l’enfant d’acquérir les compétences, mais l’apprentissage sera plus long, plus difficile. Seul l’enthousiasme pourra recréer des conditions agréables d’apprentissage, comme le démontrent les neurosciences : L’enthousiasme, de l’engrais pour le cerveau.

Quand des obstacles extérieurs entravent l’activité vitale des enfants, l’existence d’une période sensible peut se manifester par des réactions violentes, par des désespoirs que les adultes jugent sans cause et qu’ils appellent « caprices ». Les obstacles à l’expression des périodes sensibles se manifestent par un moment d’activité inutile et désordonnée que Maria Montessori compare à des « fièvres ». Ces fièvres de la vie psychique sont des agitations violentes pour des causes qui paraissent insignifiantes aux adultes, mais qui sont, en fait, en rapport avec la sensibilité exceptionnelle de l’enfant lors de sa période sensible.

Les caprices sont l’expression d’une perturbation intérieure, d’un besoin insatisfait, à l’état aigu. Ils représentent une « tentative de l’âme pour réclamer, pour se défendre » – Maria Montessori.

De la naissance à 6 ans environ, l’enfant traverse 6 périodes sensibles :

• la période sensible du langage

• la période sensible de l’ordre (plus ou moins de la naissance à 6 ans)

• la période sensible de la coordination des mouvements (plus ou moins entre 18 mois et 4 ans)

• la période sensible du raffinement des sens (plus ou moins entre de 18 mois et 5 ans)

• la période sensible du comportement social (plus ou moins entre 2,5 ans et 6 ans)

• la période sensible des petits objets (très courte période au cours de la 2ème année)

1. Période sensible à l’ordre :

L’enfant est fortement sensible à l’ordre extérieur dès sa naissance dans le but de comprendre son environnement et lui donner un sens. L’enfant classe, donne une fonction, une destination et un emplacement à chaque chose et à chaque personne, dans le temps et dans l’espace.

Un environnement ordonné aide l’enfant à construire sa pensée et sa compréhension du monde. L’ordre est un facteur sécurisant pour l’enfant et l’aide à installer ses repères. L’ordre lui offre la possibilité de s’orienter.

C’est la période au cours de laquelle l’enfant apprend à ranger, à classer. On la reconnaît facilement : l’enfant remet tout en place, identifie au moindre coup d’œil les objets qui ne sont pas à leur place.

2. Période sensible au mouvement :

L’enfant est naturellement poussé au mouvement. Sa sensibilité motrice le guidera pour développer l’usage de ses mains (motricité fine) et d’acquérir la station verticale (motricité globale).

Le mouvement de l’enfant est d’abord instinctif, puis il devient intentionnel : mouvement et volonté sont liés.

Un exemple de matériel Montessori de la vie pratique qui répond au besoin de l’enfant d’utiliser ses mains au cours de la période sensible au mouvement :

Source : Pédagogie Montessori Pas à Pas – Ecole Vivante (www.ecole-vivante.com)

Le mouvement aide l’enfant à construire sa pensée et inversement, on parle d’intégration psychomotrice.

Le mouvement permet également d’acquérir son indépendance; grâce à lui, l’enfant agir sur son environnement (gestes et déplacements).

La sensibilité au mouvement de l’enfant le conduit naturellement à la marche sans aucun enseignement extérieur (action de « l’esprit absorbant »). L’esprit absorbant désigne la capacité d’apprentissage de l’enfant de 0 à 6 ans. L’enfant s’approprie son environnement. L’enfant se construit dans et par le milieu qui l’entoure.

Pour aller plus loin sur le rôle du mouvement dans l’éducation vu par Maria Montessori : Le mouvement de l’enfant et son rôle dans l’éducation.

3. Période sensible au langage :

Cette période particulière chez l’enfant lui permet d’assimiler toutes les langues couramment parlées dans son environnement par l’action de son esprit absorbant. Cette faculté s’estompe progressivement après 6 ans.

A partir d’un certain âge, une langue ne s’assimile plus, elle s’enseigne car la période sensible est passée.

Jusqu’à 7 ans, l’enfant assimile spontanément la construction logique du langage et les détails minutieux des inflexions. Par contre, les adultes n’ont pas d’autres moyens pour apprendre une langue étrangère que d’en apprendre par coeur la grammaire. Même ainsi, les adultes n’arriveront jamais à posséder un langue étrangère complètement. Plus jamais il ne sera possible pour l’enfant ou l’adulte d’atteindre la perfection du langage maternel.

Dès la vie utérine, l’enfant intègre le langage oral. On parle d’explosion du langage oral vers 2 ans.

Vers l’âge de 3/4 ans, l’enfant est naturellement sensible au langage écrit et entre dans les symboles : c’est le début de l’écriture puis de la lecture. L’écriture émerge aussi naturellement que la parole émerge chez l’enfant, si l’environnement est suffisamment bien préparé pour répondre à ses besoins.

4. Période sensible au raffinement sensoriel :

L’enfant est sensible à tout élément sensoriel, car c’est par les sens qu’il appréhende son environnement jusqu’à 6 ans.

Plus nous alimentons cette période sensible de notre enfant, plus nous l’aidons à connaître son environnement, à disposer d’une palette de nuances riches et fines, à être en conscience.

Cela peut passer par des jeux comme le loto des senteurs pour entraîner l’odorat, comme le fait de deviner des objets en les touchant sans les voir, comme des jeux des différences ou de mise en pair pour entraîner la vue…

Le développement de la main est fondamental, car la manipulation construit la pensée. Ce temps est essentiel dans le cheminement vers l’abstraction et la pensée logique de notre enfant.

C’est la raison pour laquelle la pédagogie Montessori met tant l’accent sur la vie sensorielle au cours de la période 3/6 ans.

5. Période sensible au développement social :

L’enfant se tourne naturellement vers les membres de son espèce pour en apprendre les caractéristiques.

L’homme vit en société, l’enfant cherche à appartenir au groupe et à s’y adapter (grâce aux capacités de son esprit absorbant) dès son plus jeune âge.

La période de 0 à 6 ans est propice pour imiter le comportement des autres et se construire son image en tant qu’individu, membre à part entière d’un groupe.

L’enfant prend d’abord conscience de lui-même en construisant son identité, il prend ensuite conscience des autres.

Cette forte sensibilité si jeune s’explique par l’instinct grégaire de l’homme.

6. Période sensible aux petits objets :

Les petits enfants entre 1 et 2 ans sont attirés par les objets ou détails minuscules de leur environnement que nous ne remarquons pas en tant qu’adulte.

Leur intérêt porte sur ce qui est à la limite du perceptible.

En bref :

De 0 à 3 ans, l’enfant demande « Apprends-moi à être moi même ».

Importance de la sécurité intérieure, permanence de l’objet.

De 3 à 6 ans, il demande « Apprends-moi à  faire par moi-même ».

De 6 à 12 ans, il demande « Aide-moi à penser par moi-même ».

C’est la période de l’exploration culturelle, celle des pourquoi et des comment ?

Quelques idées à retenir :

Laisser à l’enfant la liberté du choix de l’activité.

Principe d’auto-éducation.

Le laisser-faire => Agir en périphérie de l’enfant.

Respecter le rythme de l’enfant.

Importance de l’apprentissage par l’expérimentation, la manipulation.

Se sentir respecté permet d’apprendre à respecter les autres.

Apprentissage par l’exemple.

Guider l’enfant.

L’encourager sans trop le féliciter (pour favoriser l’autonomie et éviter la dépendance à l’adulte).

Préparer l’environnement de manière à ce qu’il soit adapté à chaque étape du développement de l’enfant.

Des activités choisies et ordonnées.

Une attitude positive, confiante, observatrice.

Apprendre à choisir.

Choisir, c’est renoncer.

Respect.

Liberté.

Solidarité.

L’enfant est le constructeur de l’homme et il n’existe pas d’homme qui n’ait été formé par l’enfant qu’il était.

Maria Montessori


 

  • « Apprends-moi à faire seul » de Charlotte POUSSIN :

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  • Les coffrets de Charlotte POUSSIN :

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